L’envie de pagayer en Grèce m’est venue en octobre 2001, durant la
manifestation, « la Rigole du diable » sur le Taurion. Ce jour là il
pleuvait, je devrais dire il tombait des cordes, j’ai traîné toute la
journée autour des stands des revendeurs de matériel de kayak. Dans
l’après midi je vois Patrice, le cannotier, tendre un livre à Laurent
de R.E.S, un petit peu curieux je m’approche et je demande de quel
livre il s’agit. Laurent retourne le bouquin «Greco , a detailled guide
of greek whitewater ». Je prend le livre le feuillette et tombe sur une
photo de l’Aliakmon gorge, instantanément, j’ai pensé: c’est là que je
dois aller pagayer, la photo montrait une gorge sauvage, rouge,
ensoleillée tout ce dont je rêvais par cet après- midi d’automne.
Des mois ont passé, l’idée a germé. J’en ai parlé autour de moi,
d’autres personnes étaient intéressées et finalement une équipe s’est
constituée, neuf personnes au total du canoë club de Genève, bien plus
que ce que l’on pouvait espérer.
Nous avons quitté Genève sous la
neige, le mercredi 09 avril dans la soirée, direction Ancone, le port
italien où nous devions nous embarquer pour Igouminitsa petite ville
portuaire située sur la côte Adriatique greque. La traversée en ferry
fut agréable, une quinzaine d’heures de bateau tout confort avec
restaurants, bars, cabines.
Nous avons debarqué tôt le matin ce qui
nous a permis de naviguer le jour même sur l’Achéron, la rivière des
enfers dans la mythologie grecque . Premier contact avec l’eau vive, au
point de débarquement il semblait y avoir assez d’eau, six ou sept
mètres cubes, cela se présentait bien, mais quel ne fut pas notre
désapointement à l’embarquement. Il n’y avait que très peu d’eau,
c’est-à-dire qu’ un kilomètre avant le lieu de débarquement il y a de
grosses résurgences. L’Achéron fut donc un peu bony et scrappy comme
disent les anglos saxons. Mais la beauté de la gorge nous fit oublier
ce petit désagrément.
Ce premier jour nous avons pu nous rendre
compte de deux choses qui sont des constantes en Grèce pour le
kayakiste: la longueur des navettes et l’importance des résurgences
dans l’alimentation des rivières.
Ambiance des gorges de l’Achéron.
Les gorges de l’Achéron sont un très joli parcours de 12 km de classe
III ( 4 ) et un ( X ) dans un cadre magnifique, sauvage, isolé. Les
rapides sont suivis de bonnes zones de récupérations. Les passes sont
étroites, les échapatoires peu évidents. Une sortie de la gorge à pied
est à peine envisageable, la prudence est recommandée.
Après l’Achéron, nous avons décidé d’un commun accord de pénétrer à l
‘intérieur des terres où les massifs étant plus élevés nous pouvions
espérer un plus grand volume d’eau dû à la fonte de la neige.
La
route longeait la mer, nous n’avons pas pu résister à une séance de
surf, qui a bien failli mal se finir dans des blocs acérés sur le
rivage.
Une bonne nuit de repos au bord de mer où la température
était plus que clémente et nous voilà repartis sur les routes sinueuses
de Grèce. Il y a beaucoup à dire au sujet des routes en Grèce. Peu
entretenues, elles ne suivent pas le fond des vallées mais restent
plutôt sur les massifs. Notre deuxième navigue fut un combiné du
Kallaritikos et de l’Arachtos, 24 kilomètres de classes III avec de
magnifiques gorges. Embarquement sur le Kallaritikos qui au bout de 13
km se jette dans l’Arachtos juste avant une très belle gorge calcaire,
des rapides à volume sans difficulté.
Sur le Kallaritikos quelque part au-dessus du pont Kristos -Kallarites.
Ensuite
notre idée était de traverser le massif pour nous rendre sur le Lakmos
de l’autre coté des montagnes, les choses n’ont pas tourné comme nous
le désirions , nous nous sommes très vite retrouvés sur une route en
terre qui n’arretait plus de monter jusqu’au moment où nous avons été
bloqués par des névés, après une tentative infructeuse pour dégager la
route nous avons été contraints de faire demi tour. Nous avions perdu
plusieurs heures, nous sommes donc retournés camper à Plaka, petit
village situé au débarquement de l’Arachtos.
Vestiges de l’occupation turques à Ioanina.
Nous avons quitté Plaka pour Ioanina, petite ville charmante chargée
d’histoire. Nous en avons profité pour: nous réapprovisionner, boire un
café grec à la terrasse d’un des nombreux bistrots sous les allées de
platanes, déguster un baklava, spécialité locale, qu’il est difficile
de manger sans se mettre du miel partout, écrire quelques cartes
postales et flâner dans les vieilles pierres.
Après cette pause bien méritée, nous avons roulé jusqu’à Vikos, petit
village pittoresque accroché à la falaise qui surplombe la rivière
Voidomatis. Là il s’agissait de repérer le niveau d’eau du Vikos qui
change de nom à cet endroit pour prendre celui de Voidomatis. La partie
haute étant sèche nous prîmes la décision d’embarquer aux importantes
résurgences ce qui impliquait un rude portage de 45 minutes pour
descendre au fond de la gorge. Le Voidomatis consiste en 5 km de classe
III, IV dans une gorge sauvage.
Le portage pour descendre dans la gorge.
François sur le Voidomatis.
C’est avec une petite appréhension que nous avons quitté les bords
turquoises du Voidomatis pour nous rendre vers Konitsa où coule la
rivière Aoos, une des plus fameuses de Grèce. Chaque fois que nous
avions croisé des kayakistes ou des guides de raft grecs, ils nous en
parlaient comme de la rivière la plus difficile du pays. La rumeur
était aussi qu’il y avait trop d’eau sur l’Aoos en ce début avril.
En effet l’échelle du niveau d’eau à la sortie des gorges de l’Aoos
indiquait un volume d’eau trop important pour envisager la descente de
la rivière. Après une longue discussion, nous avons décidé de tenter de
descendre la partie moyenne depuis un petit affluent le Koukoumarinis.
La route fut longue jusqu’à l’embarquement et heureusement que François
avait décidé de faire la navette.
Le moyen Aoos était bien gros
cependant, la descente fut sportive 15 km de classe IV à IV+, de jolis
rapides francs avec un beau volume d’eau. Quelques belles vagues et
gros rouleaux à éviter ponctuèrent cette descente où le mauvais temps
et le froid s’était mis de la partie . Les reconnaissances obligatoires
et les mises en places de sécurités n’étaient pas non plus pour nous
réchauffer. C’est grelottants de froid que nous avons débarqué. Le
campement était juste au bord de la rivière nous fîmes un feu pour nous
réchauffer et pour cuisiner.
Le moyen Aoos, des rapides qui s’enchainent.
La nuit fut froide, le matériel était trempé, le ciel s’obstinait à
rester gris, le moral de tout le monde en pris un coup, il n’était pas
question d’attendre la décrue, une partie haute aurait pu être tentée
mais nous n’en discutâmes pas vraiment. Et c’est un peu dépités que
nous avons quitté les bords de cette rivière magnifique. La vallée
ressemble plus à l’Engadine qu’à ce que l’on s’imagine de la Grèce.
Le campement au bord de l’Aoos.
Le retour à Konitsa se fit le matin même, nous pûmes faire des courses
et refaire des plans pour la suite. Notre choix se porta sur l’Aliakmon
, on s’arretterait sur le Kerasovitikos en chemin, une rivière à la
navette facile et à la navigue courte.
Le Kerasovitikos ne m’a pas
laissé une impression inoubliable, nous n’étions plus que cinq à
naviguer , le mauvais temps, le froid, un petit niveau d’eau y ont sans
doute participé. Pourtant c’est 8 km de descente très enchaînés. Le
départ est trés raide, peu de contre, de la pente et les arbres peuvent
être un problème.
C’est par une journée sans soleil, grise et froide que nous avons
embarqué sur l’Aliakmon, la rivière qui m’avait tant fait rêver. Le
niveau d’eau était assez important la rivère devait charrier 80 à 100
mètres cubes. La gorge rouge était très austère, les rapides étaient
magnifiques , amples, volumineux. C’est une rivière qui se prête au
playboating. Il y a de nombreuses vagues et rouleaux pour jouer.
Nous avons dû naviguer deux tronçons pour simplifier la navette. Cela a
fait en tout 26 kilomètres. Les 12 premiers ne sont que du plat, il
faut attendre d’arriver dans la deuxième gorge pour rencontrer les
difficultés, cinq rapides tous reconnaissables et portables.
Marie dans « yo yo » , sur l’Aliakmon.
Mais une fois de plus le mauvais temps aura raison de notre moral et
nous ne nous sommes pas attardés au bord de cette rivière que j’aurais
eu beaucoup de plaisir à redescendre.
Marie dans « Nectar of the gods » .
Et nous sommes repartis sur les routes, direction cette fois le
Mileapotamos, rivière estimée trois étoiles selon notre guide, « Greco
». Ce livre est indispensable pour toute entreprise de navigation en
Grèce. Tous les kayakistes que nous avons croisés en avaient un
exemplaire voir plusieurs. Ces groupes étaient essentiellement
constitués d’allemands et d’autrichiens.
Nous sommes arrivés assez tard au bord du Mileapotamos par une très
belle journée ensoleillée de printemps, le temps de faire quelques
repèrages et de monter le camp la nuit commençait à tomber.
Le
lendemain le soleil avait disparu et laissé la place à un front de
nuages bas. La pluie menaçait et c’est ainsi que nous sommes partis à
la recherche du point d’embarquement situé à Microlivado pour le «
black canyon ». Cette gorge consiste en 12 km de classe IV, V. Le décor
une fois de plus est splendide, les rapides s’enchaînent assez
rapidement mais nous laissent toujours une zone de récupération. Les
highs lights de cette descente s’appellent «le talon d’Achille » et le
« le champignon bleu », deux rapides techniques qui demandent de la
précision.
Elizabeth dans « le talon d’Achille ».
Il est impératif de débarquer avant la gorge sous le village de Spiléo,
en amont du pont turc. La gorge après un repérage difficile semble
complètement infran , il serait en plus impossible de faire demi tour
une fois à l’intérieur.
La gorge infran du Mileapotamos.
Après le Mileapotamos, nous voulions un peu de confort, douches
chaudes, lavabo, etc. . Nous l’avons trouvé dans la région des météores
,cette zone aux rochers uniques avec des monastères construits sur leur
sommet.
Haut lieu de la grimpe en Grèce et destination très
touristique il y a plusieurs campings dans les différents villages
autour de ces rochers. C’était comme un retour à la civilisation,
auparavant nous avions toujours fait du camping sauvage. Depuis la
route nous avons bien jeté un coup d’oeil à la rivière Mourgkani, mais
cette dernière était presque à sec malgré le mauvais temps.
La pause faite, nous avons repris la direction des montagnes, nous
avons roulé plusieurs heures, passé un col,la neige était toute proche
, et pour finir nous sommes redescendu dans une vallée, celle du
Kamnetikos. Trouver l’embarquement nous pris un certain temps, le
niveau d’eau était moyen-bas. Le parcours fait à peu près 12 km de
classe III sans grande surprise, les arbres restent cependant un
danger. Le cadre est comme toujours, très beau, la rivière est souvent
bordée par une forêt de platane.
Sur la route du Kamnetikos.
Puis une partie du groupe est rentrée sur Genève, nous n’étions plus
que six . Nous sommes allés sur une rivière voisine du Kamnetikos, le
Lakmos. Je ne peux pas dire grand chose du Lakmos à part que le niveau
d’eau était bas. Ce jour là, j’ai fait la navette . Ceux qui ont
navigué avaient l’air plutôt contents de leur descente. La route est
toujours assez proche du Lakmos à part dans quelques endroits très
engorgés. Le parcours fait 15 km de long , classe III, IV.
Nous
avons pique-niqué sous la pluie au bord de la rivière, nous rêvions de
ce fameux soleil grec qui s’était montré plutôt discret jusque là. Nous
avons pris la décision de descendre au sud à la recherche d’un peu de
chaleur. Des kayakistes allemands nous avaient dit qu’il y avait de l
‘eau dans le Péloponnèse.
Nous avons roulé tout le reste de la journée et une partie de la nuit
avant de trouver un campement pas très loin de la rivière Mornos . Le
montage d’un campement la nuit n’est jamais très fun et nous avons eu
beaucoup de chance de trouver un bel endroit dans l’obscurité.
Le
lendemain le Mornos nous attendait. Après une brève reconnaissance nous
avons embarqué sur ce magnifique tronçon de 7 km de classe IV, V. De
jolis seuils, des passages étroits, des drossages, de longs
enchaînements, la rivière nous a ravis par sa diversité dans les
difficultés.
Le Mornos, de la pente et de l’encombrement
Felix, dans le « nuts crucker ».
Après la descente et une brève collation, nous avons repris la route
jusqu’à Agh. Nicolaos où nous avons pris un bac pour quitter le
continent et nous rendre sur le Péloponnèse. Le soleil était au
rendez-vous, les sommets enneigés nous annonçaient de super niveau
d’eau pour la suite. Nous avons fait le reste de la route de nuit pour
pouvoir planter les tentes au bord de l’Erymanthos.
L’Erymanthos restera une des plus belle descente de ce séjour. La
rivère est sauvage, l’isolement total, les rapides variés et
intéressants, une section de gorges sans possibilité de repérage, de
quoi mettre du piquant dans une descente. Il nous a fallu deux jours
pour descendre les 29 km de rivière.
Le premier jour, la partie la
plus difficile, 16 km de classe III, IV ( -5 ) dans un décor
majestueux, des rochers aux formes tourmentées, des falaises parfois
abruptes. Le deuxième jour est plus tranquille, la rivière a taillé son
lit dans le conglomérat et cela forme des gorges peu profondes mais
assez uniques.
Marie dans « The Forplay ».
Matthias dans un passage délicat.
Le « conglomerate canyon ».
Après toutes ces émotions, nous avons fait place à un peu de culture
avec la visite du site d’Olympie,là on a retrouvé la Grèce telle que
l’on se l’imagine, des touristes, des magasins pour touristes, etc...
La journée c’est achevée avec un bon repas dans une auberge à déguster
les spécialités locales.
Les rivières nous appellaient , il fallu
reprendre la route pour aller nous perdre au bout d’un chemin en terre
et camper au fond d’une vallée sauvage au bord de l’Alfios.
Le
lendemain nous sommes descendu le Lousios et continué sur l’Alfios
jusqu’au lieu de notre campement. L’eau de ces rivières est très
limpide et c’est un régal que de naviguer dessus. La combinaison des
deux rivières représente 19 km de classe III, IV, ( 5 ). Sur le Lousios
les rapides s’enchainent, c’est un véritable slalom naturel. Il faut
être prudent cependant car l’on arrive rapidement dans la zone des «
cerberos » des repérages s’imposent, une zone infran suit. Quand on
arrive sur l’Alfios, la rivière a gagné en volume, les difficultés vont
en décroissant mais il reste quelques jolis rapides dont le « grinder
», long et technique.
Matthias dans le « cerberos I ».
Toujours le «cerberos I ».
Le Lousios une rivière pleine de charme.
Nos trois semaines de vacances étaient presque écoulées, nous devions
commencer à penser au retour, nous avons quitté le péloponnèse non sans
un regard pour ses sommets enneigés qui nous laissaient imaginer
d’autres perles d’eaux- vives comme nous en avions navigué.
De
retour sur le continent, nous avons fait un crochet pour pagayer sur
l’Agrafiotis. Ce sera notre dernière rivière en Grèce, une toute belle
encore, à la navette interminable, aux rives escarpées, et à un
étonnant passage souterrain naturel.
L’entrée de la grotte sur l’Agrafiotis.
Le retour se passera sans problème, fruits de mer et poissons , suivis
d’une traversée sans histoire à bord du ferry et la chance de trouver
les autoroutes italiennes pas trop encombrées. C’est la tête pleine
d’images et de souvenirs colorés que nous sommes rentrés à Genève.
Ce serait une faute de parler de la Grèce sans évoquer ses habitants
d’une amabilité et d’une gentillesse sans pareille, ainsi que de leur
sens de l’hospitalité.
1 - Achéron. 9 - Kamnetikos
2 - Kallaritikos. 10 - Lakmos.
3 - Arachtos. 11 - Mornos.
4 - Voidomatis. 12 - Erymanthos
5 - Aoos. 13 - Lousios.
6 - Kerasovitikos 14 - Alfios.
7 - Aliakmon. 15 - Agrafiotis.
8 - Mileapotamos
Etaient du voyage: François Gaucheran, Bernadette et Marie-Thérèse
Dönni, Elizabeth Imhof, Matthias Thomann, Robert Vysata, Thomas Soland,
Daniel Rohrbasser, Felix Salandini.
Ils ont navigué sur les
rivières Achéron, Kallaritikos, Arachtos, Voidomatis, Aoos,
Koukoumarinis, Kerasovitikos, Aliakmon, Mileapotamos, Kamnetikos,
Lakmos, Mornos, Erymanthos, Lousios, Alfios, Agrafiotis.
La Grèce
est un pays magnifique pour faire du kayak, il y a des rivières pour
tous les niveaux de navigations. L’aventure est garantie, le
dépaysement aussi, le climat peut être rude. Les navettes sont très
longues. Le mieux serait d’avoir des personnes qui ne naviguent pas,
mais il me semble difficile de trouver ces perles rares.
Je tiens à remercier Vincent de Migrator voyage pour sa patience et pour le tour booking,
ceux
qui ont utilisé leur véhicule pour ce voyage éprouvant pour la
mécanique, Matthias Thomann, Robert Vysata et Elizabeth Imhof. Laurent
Nicolet et Sylvain Cadet de R.E.S pour leur expérience et leurs
conseils sur les rivières de Grèce, Franz Bettinger et Jhon Longden
pour leur guide « Greco ».
Felix. le 02/11/03
Les photos sont de Matthias Thomann, pages, 3, 6, 7 , 10, 11, 13, 14.
Elizabeth Imhof, 1, 2, 4, 5, 6, 8, 9, 12.
Marie-Thérèse Dönni, 3, 4, 8, 9, 11, 13, 14, 15.
François Gaucheran, 10.